abrier


abrier

abrier verbe transitif (de abri) Au Québec, couvrir quelqu'un ou quelque chose pour le protéger : Abrier un bébé. Abrier le bois de chauffage. Au Québec, cacher, dissimuler.

abrier ou abriller
v. tr. (On prononce le [j] à toutes les conjugaisons.) (Québec)
rI./r
d1./d Couvrir (qqch) pour le soustraire à la vue, le protéger. Abrier ses plants de tomates par peur du gel. Syn. rabrier, rabriller.
d2./d Couvrir (qqn) d'une couverture, d'un drap.
v. Pron. S'abrier jusqu'au cou pour la nuit.
rII./r Fig.
d1./d Protéger (qqn), l'excuser. Mère qui abrille ses enfants.
v. Pron. S'abrier derrière qqn.
d2./d Dissimuler (une affaire). Abrier la vérité.

⇒ABRIER, ABREYER, verbe trans.
A.— Vx. Abriter :
1. Abrié ou mieux abrité : même sens.
C. M. GATTEL, Nouveau dictionnaire portatif de la langue française, 1797.
Rem. Le mot dans ce sens n'est plus usité au XXe s., excepté comme régionalisme ou comme mot de pat. :
2. En beaucoup de provinces, surtout en Normandie, on dit encore vulgairement abrier pour couvrir et s'abrier pour se mettre à couvert.
BESCH. 1845.
3. Abrier (ou Abérier) (Mj., Lg, Sal.) v. a. — Abriter, couvrir. — (...) — Mouman, vins donc m'abrier.
VERR.-ON. t. 1 1908, p. 7.
4. Abrier. Abriter et surtout couvrir. Être bien abrié au lit; abrier le feu (c'est-à-dire couvrir le feu).
J.-M. ROUGE, Folklore de la Touraine, 1931.
B.— Emplois techn.
HORTIC., vx. Voir abriter.
MAR. [En parlant d'une voile] Empêcher le vent, en l'interceptant, de passer jusqu'à (une autre voile) :
5. Les voiles de l'arrière abreyent celles de devant, quand le bâtiment est vent arrière.
Ac. Compl., 1842.
Rem. Cet emploi n'est plus guère en usage au XXe s. (Encore usité selon Lar. 20e, vx selon QUILLET 1946).
Prononc. ET ORTH. — 1. Forme phon. — La dernière transcription de ce mot est celle de DG : à-bri-yé. 2. Hist. — Le mot entre dans la lang. sous sa forme actuelle au XIe s. (cf. étymol.). Pour la conservation du groupe br, cf. étymol. et FOUCHÉ, Phonét. 1952, p. 713, rem. 3. Ac. 1798 note la forme abreyer spécialisée dans un sens techn. (mar.). Encore ds Ac. Compl. 1842 et BESCH. 1845 comme vedette distincte de abrier, alors que DG QUILLET 1946, GRUSS 1952 les donnent conjointement : abrier ou abreyer.
Étymol. — Corresp. rom. : a. prov. abriar; n. prov. abriga; esp., cat. abrigar.
[XIe s. jud.-fr. abrier ds DARMESTETER, Les Gloses fr. de Raschi dans la Bible, Isaïe, XXX, 2 d'apr. R. LÉVY, Contrib. Lex., 13] « protéger, garantir », dans différents emplois : a) 1re moitié XIIIe s. « protéger, vêtir » (GUILLAUME DE LORRIS, Roman de la Rose, 402, éd. F. Michel ds T.-L. : Si ot d'une chape forree Moult bien, Si com je me recors, Abrié et vestu son cors); b) av. 1307 « couvrir (par affaiblissement, sans notion de protection) » (GUILLAUME GUIART, Branche des Royaux Lignages, II, 220, éd. Buchon, ibid. : La tresprecïeuse couronne, La tresdigne, la treshonneste Que Jesus Christ ot en sa teste, Si con Jüis l'en abrïerent Le jour qu'il le crucefïerent); « id. » abrier de mort « couvrir du voile de la mort, faire mourir » (ibid., II, 3669, ibid. :Ses plaies de mort l'abrïerent. Plusieurs autres redevïerent); d'où par un nouvel affaiblissement c) av. 1307 estre abrïez « se trouver » (ibid., I, 5107, ibid. :D'un fruit qui la iert abrïez Que devée leur avïez, Pristrent [Adam et Eve]); d) pronom. « se mettre à l'abri » (Ibid., II, 8892, ibid. :Des Flamens... Dont l'ost s'iert au pont abrïee). [Conservé à l'emploi trans. comme terme mar., 1812 (La Coudraye ds JAL2 : Lorsqu'un vaisseau est vent arrière, les voiles de l'arrière abrient celles de l'avant, c'est-à-dire qu'elles interceptent le vent)].
Du b. lat. apricare (lat. class. apricari « se chauffer au soleil » dep. Varron ds TLL) « chauffer, réchauffer par le soleil », dep. Palladius, dér. de l'adj. apricus « exposé au soleil », dep. Varron, ibid. Notion de « chauffer au soleil » liée à celle de « protection contre le vent, le froid, les intempéries » (cf. IVe s. PALLADIUS, 1, 38 ds BUGGE, ds Romania, IV, 348 : ventis frigoribus altus paries resistat, qui locum possit defensis sedibus apricare); par ailleurs emploi fréq. de apricus en relation : avec vinea, vindemia, uvae (TLL s.v., 318, 12 sq.) dont la culture est, en pays méditerranéens, souvent pratiquée en terrasse, à l'abri de murettes de pierre; avec collis, pronus, révélant à la fois l'exposition au soleil et un relief constituant une protection : d'où notion de « protéger, abriter ». Bien que apricus ait été par fausse étymol. rapproché de apertus « ouvert » (PAUL. FEST., 2 ds TLL s.v., 318, 3 : apricum : a sole apertum) il n'y a pas incompatibilité entre apricus et la notion de « lieu couvert » (cf. PAULIN DE NOLE, Carm., 13, ad Cytherium v. 311 ds BUGGE, loc. cit. :Martinianum suscipit fraternitas Tecto que apricat et cibo), d'où ensuite la notion de « couvrir, vêtir » : cf. IVe-Ve s. NEGOTIANUS, 2, 1 ds TLL s.v. :apposuit Jovi pallium laneum dicens hoc potius convenire quod hieme apricaret. — Voir MAHN, Étym. Untersuchungen..., Specimen XV-XVI, 1863, pp. 113-118. Même évolution sém. de l'esp. abrigar, glosé foveo, 1495 Nebrija ds DHE. Forme abrier : soit d'orig. mérid. (a. prov. abriar av. 1220, RAYN.) ou des dial. de l'ouest (HORNING. cf. bbg. op. cit., p. 449; FOUCHÉ Phonét., 713) soit, plus prob. (étant donné abrier, XIe s.) interprétation du roman au stade abrigare de l'évolution phonét., comme a-/brigare (cf. a. fr. desbrié « privé d'abri »; ang. débrier — VERR.-ON.) EWFS2, s.v., type région. avrier dans dial. lorr. et fr.-prov. (HORNING, loc. cit.). Hyp. de G. Paris ds Romania, XXVIII, 433 : a. fr. abrier, issu d'un thème celt. bri- est sans obj., une explication étant possible pour -pr- > -br- à partir de apricare (voir sup.). Etymon a. h. all. birîhan « couvrir », DIEZ2, loc. cit., est incompatible avec jud.-fr. abrier, XIe s. et esp. abrigar, ca 1280 (DHE).
HIST. — 1. Très vivant en a. et m. fr. (17 ex. ds GDF.) et encore au XVIe s. (12 ex. ds HUG.), il tend cependant dès cette époque à sortir de l'usage; E. Pasquier reproche à Montaigne l'emploi du mot abrier :Tout de ceste mesme façon s'est-il dispensé plusieurs fois d'user de mots inaccoustumez, ausquels, si je ne m'abuse, malaisément baillera-t-il vogue; gendarmer, pour braver; Abrier pour mettre à l'abry; (...); Asture, pour à cette heure, et autres de mesme trempe : pour le moins ne voy-je point, que jusques à luy, ils soient tombez en commun usage. Lettres, XVIII, 1 (Hug.). 2. Au XVIIe s. cf. FUR. 1690 : Vieux mot qui signifie, Proteger, deffendre. 3. Au XVIIIe s. cf. Trév. 1752 : Il seroit à souhaiter que ce mot pût revivre (...). Abri est encore en usage. Pourquoi perdre Abrier, qui en vient naturellement, et dont le son est très-agréable? M. COSTE, note 10 sur le premier liv. des Essais de Montaigne. 4. Aux XIXe et XXe s. cf. DARMESTETER, La vie des mots étudiée dans leurs significations, 1932 : Le vieux verbe abrier, d'origine inconnue, qui avait donné le dérivé abri, disparaît en moyen français de l'usage général (on le retrouve jusqu'à nos jours dans des sens très spéciaux) et est remplacé par la locution mettre à l'abri; aux XVIe-XVIIe s. seulement, abri donne naissance au verbe moderne abriter. 5. Cependant, si le mot est vx au sens gén., il prend dès le XVIIIe s. des accept. techn., toujours vivantes au XIXe sinon au XXe s. (cf. sém.) : a) Hortic. : 1re attest. ds FUR. 1701; subsiste : Les Jardiniers s'en servent, pour dire, mettre une couche, une fleur à l'abri du vent. b) Mar. : apparaît d'abord sous la forme abrié, ds Trév. 1771; subsiste : Terme de marine, qui est à l'abri du vent. Ainsi on dit, Que le petit hunier est abrié par le grand hunier, parce que celui-ci empêche le vent de passer jusqu'à lui.
BBG. — BRANDIN (L.). Le Plus ancien exemple du franç. abrier. Romania. 1906, t. 35, p. 293-295. — BUGGE (S.). Etymologies romanes. Romania. 1875, t. 4, p. 369. — GRUSS 1952. — HAVET (L.). Abri, ailleurs. Romania. 1900, t. 29, p. 115-116. — HORNING (A.). Zur Wortgeschichte. Z. rom. Philol. 1897, t. 21, p. 449. — PARIS (G.). Abrier, abri. Romania. 1899, t. 28, p. 433-435. — WILL. 1831.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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